Gazelles de la côte sauvage

Pour l'enfant qui a l'âge de courir comme une gazelle dans les rochers, les mares ne sont pas flaques, mais d'intrigants océans que traversent des galions construits d'os de seiche et de coquilles de Saint-Jacques. À leurs proues dansent les dauphins crevettes dans une chorégraphie qui parvient quelquefois à faire sourire le Capitaine Bigorneaux pourtant connu pour être toujours d'humeur grincheuse.

Chacun sait aussi qu'il n'est pas en ces lieux de galets ou de pierres immergés, mais des îles sous lesquelles les crabes sont des monstres marins dont les pinces broient les doigts des visiteurs inopportuns.

Les fonds les plus sombres de ces eaux sont des abysses qui cachent dans leurs forêts de fougères et d'herbes roses et pourpres des poissons chats aux griffes acérées prêtes à déchirer la tenue du premier scaphandrier venu.

Pour l'adulte de retour sur la côte sauvage, les souvenirs remontent comme bulles de savon mais le pèlerinage est bien plus laborieux sans la vélocité de ses primes années d'explorateur marin.

Reflets de ciel dans une mare des rochers
© Jean-Marin Wibaux