Obus et combats incessants

A chaque obus que j’entends éclater, j’éprouve malgré moi une impression de terreur religieuse. Il me semble, dans ce bruit sourd et lugubre qui succède au sifflement – et qui diminue insensiblement – entendre des pères, des femmes, des enfants qui pleurent sur toute la terre, il me semble que la Mort pénètre, comme dans une gravure de Callot, dans un intérieur que je me représente paisible et doux, pour leur annoncer triomphalement, à tous ces visages angoissés qui se tournent vers elle avec épouvante : pour leur annoncer qu’à cette heure un malheureux est mort sur la terre – c’est un fils, un frère, un père, Malheureux eux-même !

Étienne Tanty
Paroles de poilus
Lettres et carnets du front
1914 – 1918
Librio