nettoyage de printemps

Coccinelle, sonate et vieux objets assemblés pour un nettoyage de printemps

nettoyage de printemps
jeter les vieux papiers
factures et notices obsolètes
partitions sans musique
ni salle de bal où danser
désaffecter ses souvenirs
récupérer un peu d’espace
dans ses tiroirs et sa mémoire
pour y intégrer derechef
ses maux de tête
ses émotions
les maudites poussières
de sa prochaine
et un jour certain
dernière saison

© jean-marin wibaux

septième ciel

Septième ciel

au septième sont accessibles
les chambres de bonnes
par l’escalier de service
la rêveuse qui en haut se penche vers le bas
peut y voir le matin une plage et la mer
du sable où dansent des bécasseaux
dans la mouvance de vagues étincelantes
quand l’envie lui vient d’aller s’y baigner
de marche en marche sa descente est amère
l’urbain reprend ses droits
arrivée au rez de chaussée
la cour lui crache ses pavés
et la ville, toujours, finit par la happer
sur son asphalte sale
ses trottoirs solitaires
ses transports en commun
où le commun des mortels
attend le soir pour pouvoir
remonter les étages
jusqu’au septième ciel
ultime refuge intime
dans un coin d’encéphale

© jean-marin wibaux

le Palais des Abandons

photo-montage noir et blanc : geole et foule

bon petit soldat
sans jamais savoir le sort
que peut te réserver cette vie
toujours tu y vas
au devant des perspectives
des vacillantes certitudes
armé du fer de lance
de tes valeurs et références
tu penses avancer
mais peut-être est-ce ainsi
que tu t’enfermes à ton insu
dans la geôle de la déception
du Palais des Abandons

© jean-marin wibaux

Obus et combats incessants

tranchées de 14 18 et sables de mer

A chaque obus que j’entends éclater, j’éprouve malgré moi une impression de terreur religieuse. Il me semble, dans ce bruit sourd et lugubre qui succède au sifflement – et qui diminue insensiblement – entendre des pères, des femmes, des enfants qui pleurent sur toute la terre, il me semble que la Mort pénètre, comme dans une gravure de Callot, dans un intérieur que je me représente paisible et doux, pour leur annoncer triomphalement, à tous ces visages angoissés qui se tournent vers elle avec épouvante : pour leur annoncer qu’à cette heure un malheureux est mort sur la terre – c’est un fils, un frère, un père, Malheureux eux-même !

Étienne Tanty
Paroles de poilus
Lettres et carnets du front
1914 – 1918
Librio

vain cœur

le secret

cent pour cent
sois le meilleur
dent pour dent
sois le vainqueur
sang pour sang
dans ce monde de combat
et de nuances vaines
mes veines peinent à m’armer
de l’audace nécessaire
pour réfléchir
chercher la lumière
trouver du plaisir
partager un sourire
échanger un secret

© jean-marin wibaux

transmission brocantine

héritage de bibelots et autres objets de familles

une balance et ses poids
douze couverts en argent
trente six flûtes
et sept cadres
un fauteuil
de faux deuils
trois fausses fortunes
parce qu’en fin de compte
tous ces objets en héritage
n’ont pour essentielle valeur
que leurs poids de souvenirs
parfois mêlés de non-dit

© jean-marin wibaux